mercredi 21 décembre 2016

24) JE DEVIENS ÉDITEUR


EURÉDIF



Alea jacta est. Je deviens éditeur malgré moi. Dix-sept ouvrages impayés, même si c'était de l'alimentaire et justement parce que c'était de l'alimentaire, cela mérite un effort pour en récupérer la perte. Je sens que Guy Cécille et Pierre Léopold sont en grande difficulté - un euphémisme - et qu'ils ne vont pas tarder à me laisser dans le caca. Mon ami Antoine Beneroso, - un des fondateurs de Médecins sans frontières, me dit un jour : J'ai un ami extra, Michel Trécourt, conseiller juridique, qui va t'arranger ça, nous adhérons au même club Le Phylum.
Michel Trécourt, un gentleman "voyou", un homme bon, généreux pour ses amis avait croqué allègrement, sans états d'âme, la fortune de son épouse (une femme délicieuse, cultivée, d'une délicatesse extraordinaire et qui n'avait qu’un défaut : elle l'aimait.
En étudiant le dossier "Presses Noires", ainsi s'appelait cette maison d’éditions en train de couler, Michel vit qu'il allait pouvoir grapiller quelques sous. Car en fait M.T. était lui aussi aux abois... C'est à l'occasion de ce dépôt de bilan en douceur que je devins éditeur à mon tour, bien malgré moi. En effet, Pierre Léopold et Guy Cécille, me devaient quelque quinze mille francs (de l'époque) d'arriérés de droits d'auteur. De plus, j'étais théoriquement leur associé, leur ayant donné, en 1963, à la mort de mon père, la totalité des six mille francs suisses dont j'avais hérité, une goutte d'eau dans l'océan de leurs dettes, qu'ils m'avaient garantis par des parts sociales.
Deux coups de chance (1970) Les débuts d'Euredif furent difficiles. C'est le moins que je puisse dire. Et ni Michel Trécourt ni moi-même ne connaissions l'édition. Nous voilà donc promus Éditeurs, le premier janvier 1970. Comme cadre, le bel appartement du 2bis, rue de la Baume, d'où mon associé à bout d'expédients après avoir dévoré les biens de son épouse et, tirait ses dernières cartouches.
Au fond, quand j'y repense, ce fut une entreprise folle que de tenter de redresser cette maison d'éditions criblée de dettes. Il est vrai que la littérature populaire avait encore le vent en poupe et que Mai 1968 venait de faire sauter la chape de plomb qui tentait d'étouffer les esprits.
Un peu partout, le roman populaire se libérait des contraintes et flirtait avec l'amour coquin. La censure veillait au grain, mais des livres qui auraient été vendus jusque là sous le manteau tentèrent leur chance en se diffusant au grand jour. Les romans policiers et d'espionnage furent truffés de scènes porno ce qui leur donna une nouvelle jeunesse et une plus large audience.
Fin 1969, lorsque Pierre Léopold me dit :
- Puisque tu sais tout mieux que les autres, vas-y, crée ta collection, je n'ai plus rien à perdre.
Tout à fait inconscient, j'acceptai le "challenge" et me mis à choisir un nom de collection et de dessiner une couverture.
Pour les romans lestes que je souhaitais produire, je choisis le nom d'Aphrodite, la couleur bleue, et un motif ovale. Abandonnant les couvertures dessinées qui ornaient jusque là les romans populaires et que je trouvais laides, je choisis de garnir mon "ovale" que je dessinai moi-même - comme nous le faisions jadis à l'école - à l'aide de deux aiguilles et d'un fil à coudre !
Et voilà ma nouvelle collection lancée.
Trop tard pour sauver "Les Presses Noires". Mais, dès janvier 1970, je fis paraître six ouvrages par mois : trois Aphrodite, deux romans d'Espionnage, un roman policier.
Au bout de trois mois nous allions dans le mur. Plus d'argent dans la caisse, factures impayées.
C'est alors que je connus une série de coups de chance.
Le premier, en février-mars 1970, lorsque je reçus un manuscrit de polar envoyé de Nice par un auteur inconnu : Max Baeza.
Je le lus dans la nuit et trouvai le récit agréable, bien écrit, plein de suspense.
Par retour du courrier, j'adressai une lettre à l'auteur où je lui dis tout le bien que je pensais de son ouvrage, mais que, faute de moyens, je ne pourrais l'éditer.
L'auteur m'appela aussitôt pour me dire qu'il était prêt à payer l'édition. Je lui proposai un contrat pas trop tordu, mais tout de même... Le produit de la vente de 50 % du premier tirage de 10.000 exemplaires reviendrait à l'éditeur. Au-delà, l'auteur et l'éditeur se partageraient le bénéfice des ventes.
Le premier livre se vendit bien, le second et le troisième aussi. Ravi de rentrer dans ses avances et bien au-delà, l'auteur me proposa d'entrer dans le capital d'Euredif.
Michel était pour, moi contre. J'estimais que notre édition croulant sous les dettes ne valait pas grand chose et que de faire entrer ce sympathique auteur (un richissime rapatrié d'Algérie, propriétaire en métropole d'une chaîne de garages Peugeot) serait faire entrer un loup dans la bergerie. Mais son apport financier d'alors, arrivant juste à temps pour faire notre échéance, nous procura une salutaire bouffée d'air frais.
Mon second coup de chance fut, lors d'un voyage à Genève, de retrouver Gérald Lucas. Un jour d'été 1970, je me trouvais chez Janine Wicki (ma soeur à la mode de Bretagne) et nous parlions du temps passé. J'égrenais le nom de quelques amis d'autrefois, nous nous interrogions sur ce qu'ils étaient devenus. Lorsque Janine cita le nom de Sylvie Dubal, je ressentis une forte émotion et, ma foi, je tentai de la joindre au téléphone.
Elle répondit au premier appel, de sa voix vibrante et sympathique avec cet inimitable et délicieux accent "protestant" de Genève aux tonalités déjà méridionales.
Vingt minutes plus tard, la voilà sur le palier des Wicki et nous tombions dans les bras l'un de l'autre. Elle, Sylvie, grande, mince, lumineuse, plus belle que jamais et moi, quadragénaire gras, bedonnant, alourdi par les bons vins et la bonne chère.
Au cours de notre conversation, j'évoquai Gérald que Sylvie connaissait depuis notre adolescence, et dont elle me dit qu'il écrivait toujours fort bien, qu'il était journaliste, qu'il avait monté une agence de presse, voyageait beaucoup et se passionnait pour l'ésotérisme.
Je tentai de le joindre au téléphone, mais il se trouvait en reportage à Cuba.
De retour à Paris, je connus quelques mois difficiles, criblé de dettes, mais parvenant tout de même à faire paraître une demi douzaine d'ouvrages par mois.
Michel Trécourt possédait un atout maître : il plaisait, il charmait, il embobinait tant les hommes que les femmes.
Il n'avait pas son pareil pour obtenir un crédit d'une banque, un prêt de la part d'une jolie femme. C'était un séducteur-né.


Gérald Lucas - 1934 - 1999



En été 1970, nous étions à nouveau dans les choux. La contribution de Max Baeza n'avait pas suffi pas à équilibrer durablement nos comptes.
Au cours d'une tournée de prospection à Genève, notamment chez Naville un de nos distributeurs, je rencontrai mon vieux copain Lucas.
Il semblait à l'aise, portait beau, vivait agréablement au milieu d'un essaim de jolies filles. Il publiait des livres, écrivait des articles dans GHI. Spécialisé dans le tourisme il avait monté sa propre agence de presse, voyageait aux quatre coins du monde, et, cerise sur le gâteau, exploitait sans vergogne son don naturel de grand communicateur et son charisme.
Sa tanière du quartier de la Jonction abritait sur trois étages d'un immeuble sans style et vieillot, sa garçonnière, son bureau de presse et son cabinet de mage-guérisseur-voyant.
En automne de la même année, Lucas m'appela depuis Genève et me dit que nos amis communs lui avaient parlé de mes problèmes. Il me demanda à quel montant s'élevait la somme nécessaire pour me tirer d'affaires.
Timidement, je parlai de trois à quatre cent mille francs… Cela représentait alors une sacrée somme, près de 800 fois le SMIC !
Gérald me dit simplement : - J'arrive !
Et il vint à Paris accompagné d'une jolie femme élégante et raffinée, dont le style BCBG et la fortune apparaissait jusque dans son port de tête inimitable et sa façon de respirer.
Je me souviens encore avec émotion de l'imposante silhouette de Gérald arborant son magnifique sourire, nous serrant la main d'une poigne vigoureuse.
Michel Trécourt, pour sa part, déroulait déjà le tapis rouge de sa séduction aux pieds de la charmante visiteuse.
Lorsque nous fûmes tous quatre confortablement installés autour du bureau de Michel, Gérald, sans ménager plus longtemps le suspense, demanda simplement à son amie genevoise de nous remettre l'enveloppe annoncée. Elle contenait quatre cent mille francs : 800 billets de 500 F !
Cette inconnue nous prêtait 400 000 F, par l'intermédiaire de Gérard, son gourou, dont elle semblait amoureuse.
Une simple signature au bas d'une reconnaissance de dette rédigée par Michel, moyennant un intérêt de 3 % l'an, concluait le prêt. (A l'époque, l’inflation était d'au moins 10 % l'an et les prêts bancaires de plus de 15 % !
Pour garantir cet emprunt et me donner quelque chance de le rembourser, je détournai 400 000 volumes invendus de notre stock et les dissimulai dans la grange de l'ami Pierre Mayer à Machault. Je savais qu'en cas de coup dur je pourrais aisément les fourguer à des soldeurs pour que nos amis ne perdent pas tout…
Ce prêt inespéré nous sauva.
Pour la petite histoire, dans le cours du mois suivant, le mari de notre prêteuse, un homme d'affaires courtois et sympathique, vint à Paris, vérifier la réalité et la conformité de cet emprunt, s'assurant qu'il ne s'agissait pas d'une escroquerie.





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Aphrodite l'érotisme de garçon charcutier




Un alias de Pierre Genève


La collection Aphrodite dont j'inventai le titre, la présentation et le logo fut jusque là une des seules grandes réussites matérielles de ma vie. Je ne m’y attendais pas et Dieu n'y est je pense pour rien, puisque cette collection de vivres fut le vecteur de lancement d'un érotisme populaire.
J'appelais ça, le livre de fesse du "garçon charcutier".
Pourquoi ?
J'avais travaillé quelques semaines comme grouillot dans une charcuterie de luxe où j'avais de mes yeux vu l'envers du décor nauséabond de la façade.
Une brigade de dix personnes, dans un atelier-laboratoire minuscule, qui traitaient plusieurs dizaines de tonnes de cochonnailles par semaine.
Ayant libre accès dans la boutique où régnait une escouade de vendeuses BCBG triées sur le volet, comme dans l'arrière-boutique des façonnières, et du laboratoire proprement dit, j'en entendis des propres et des pas mûres.
Je ne vais pas vous dévoiler les secrets de cette profession honorable, à qui nous devons quelques chefs d'oeuvre gastronomiques comme récompense de notre goût et quelques menus plaisirs de bouche.
Mais j'ai assisté à quelques scènes curieuses lorsque le chef de brigade et son adjoint avaient tourné les talons.
Pour se venger des avanies subies quotidiennement de la part de leurs chefs, apprentis et gâte-sauce pissaient allègrement dans les préparations, glaviotaient dans garnitures et se masturbaient joyeusement, jouissant dans les sauces.
Quelques-uns, plus inventifs, allaient jusqu'à mélanger des parcelles de leurs étrons aux farces délicates dont les critiques gastronomiques vanteront la subtilité.
Je l'ai fait comme les copains, sans volupté particulière, mais depuis, je ne mange jamais une préparation charcutière sans me souvenir de ces moeurs curieuses.
Le succès de la collection Aphrodite fut aussi imprévu que soudain. Il dura plus de dix ans. Plusieurs millions de livres vendus.
Ce fut un épisode particulièrement faste de ma vie. Je bénéficiai largement de ce succès, j'en conviens.






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1970 -  Michel Trécourt ministre des finances
En 1970, au début d'Euredif, j'étais appointé à 1000 f par mois. (Le SMIC était aux environs de 900 F. Dès le mois de mars, je fus à 2000 F, au même niveau que Michel Trécourt.
Je me souviens que Violette Lauper, la meilleure amie de Corinne, devenue la secrétaire-comptable-factotum de la société me disait : – Tu es fou, tu fais tout et tu touches moins que ton associé !
Moi, je trouvais ça normal. Ancien communiste, j'ai toujours trouvé équitable le slogan marxiste des rémunérations « De chacun selon ses possibilités, à chacun selon ses besoins ».
J'avais peu de besoins, je fournissais beaucoup de travail. Mais sans Michel, je n'aurais rien entrepris, rien pu faire.
Michel Trécourt était pour moi un hédoniste princier et grand poète de surcroît.
Nous nous sommes fait souffrir mutuellement (il me l'avoua peu avant sa mort).
Michel était un homme entier, à la fois égoïste et parfaitement généreux.
Cultivé, aimant la poésie, poète plus talentueux qu'il ne le pensait lui-même. Il avait eu la chance d'épouser Mizzi, une femme belle, cultivée, aimante, généreuse, qui apportait à son esprit vagabond, à ses ambitions parfois démesurées, un ancrage et une assise financière solides.
Michel , sûr de lui, de son étoile, - son slogan était "Avant d'aimer les autres il faut s'aimer soi-même" - croquait la vie à belles dents.
Charismatique, beau parleur à la voix de bronze, profil romain, il suffisait à Michel d'apparaître quelque part, de parler sur n'importe quel sujet, pour que sa magie personnelle séduise tant les hommes que les femmes, et les fisse entrer dans son jeu. Il eût fait un merveilleux avocat.
Encore eût-il fallu qu'il fût secondé par un assistant de premier ordre pour lui préparer minutieusement les dossiers.
Je le connus en 1969, grâce à Antoine Beneroso. Membres tous deux du Phylum, une association à vocation culturelle d'origine française, dont ils étaient en quelque sorte les locomotives...


Tournée des plages: Vladimir Dimitrijevic
Nos collections commençaient à bien marcher. Je réussis à distribuer notre production par le biais des Maisons de la Presse et les invendus dans les grandes surfaces.
J'eus la chance de parvenir à diffuser tous azimuts sans trop d'anicroches.
NMPP, Bibliothèques de gares, Agences régionales Hachette, Grandes surfaces.
Bien sûr il fallait bien huiler les engrenages. La caisse noire permettait d'arroser les personnalités-clé.
Il y eut évidemment quelques incidents qui se réglèrent assez facilement.
Michel Trécourt était un public-relation de tout premier ordre.
Pour alimenter les dépositaires de presse des cités balnéaires pendant l'été, je fis confectionner des colis de vacances comportant une cinquantaine de livres assortis, payables en octobre.
Je bourrai le Ford transit de deux cents de ces colis, y installai matelas pneumatique, gonfleur et sac de couchage. Nous n'avions pas assez d'argent pour me payer l'hôtel. Il fallait donc que le premier soir j'aie suffisamment fait de « dépôts" ou encaissé de "cash" pour pouvoir passer la nuit tranquille dans le camion et acheter de quoi manger.
Ma première tournée fut la Côte Normande. Un succès remarquable. En trois jours je réussis à réaliser mon stock et même à ramener du "flouze".
Je repartis le surlendemain de mon retour poursuivant ma tournée du Cotentin au Mont St Michel. Puis effectuai de trois jours en trois jours des expéditions de plus en plus lointaines, explorant la Bretagne, la Vendée puis la Côte Atlantique jusqu’au Pays basque.
C'est à Arcachon, qu'un soir, garant mon fourgon aux abords du port de plaisance je fus intrigué par le manège d'un chauffeur possédant lui aussi un fourgon transportant des livres. Sa camionnette était immatriculée en Suisse.
Lui aussi en rangeant ses cartons faisait de la place dans son véhicule pour installer un matelas pneumatique...
J'allai lui parler, nous avons fait connaissance, il s'appelait Dimitrijevic, était d'origine serbe, jeune éditeur de langue française à l'enseigne de l'Age d'homme.
Je n'avais jamais entendu parler de sa maison d'édition. Il n'avait jamais entendu parler de la mienne !
Nous avons dîné ensemble dans un petit troquet et parlé librement d'un peu de tout. Après une heure de conversation, un plat de moules et quelques verres de vin, nous constatons que dans le domaine de la littérature, de l'art, voire même de la politique, nous sommes d'accord sur tout. Nous aimons pêle-mêle Céline, Boulgakoff, Gripari, Baltasar Gracian et tant d'autres, mais, dans le domaine pratique, notamment de l'édition, tout nous séparait !
Dimitri ne comprenait pas comment, avec mon goût pour la bonne littérature je pouvais écrire et éditer des livres aussi vulgaires, stupides que ceux que je pondais et publiais, des romans d'espionnage alimentaires et des romans de fesse de la plus basse catégorie !
Je lui expliquai que pour moi ce n'était qu'un tremplin: la preuve, après des mois de dèche, au bord du dépôt de bilan, je parvenais à vendre ma "fesse de garçon charcutier" avec succès et que lui, avec sa production de qualité, ses ouvrages magnifiques, ses incroyables "découvertes" il traînait le diable par la queue !
Vers minuit, je dus convenir que c'était lui Dimitri qui avait raison, et que je n'étais qu'un abominable marchand de papier !
Ce que je retirai de plus précieux de notre conversation, ce fut l’enthousiasme extraordinaire de Dimitri pour la littérature, sa gourmandise pour les idées et les mots. Et aussi cette conviction prophétique que dans les années à venir naîtrait en France et dans le monde une écriture nouvelle plus vive, plus rapide, héritant de la poésie son rythme, sa rapidité et son énergie concentrée qui balayerait les longueurs et les pesanteurs des littératures passées.
Pour lui Cocteau, Céline et Cingria étaient les signes avant-coureurs de cette puissante accélération de la phrase et de la fulgurante immédiateté de la communication des idées. Je retrouvai quelques années plus tard dans son admirable "Personne déplacée" publié en 1986, l'écho de ses paroles prononcées un soir d'été de 1971 à Arcachon :
"J'imagine une littérature qui recréerait la légende, mais avec des cadences et des images modulées par le monde dans lequel nous vivons, ou qui nous donnerait les compléments indispensables, affectif, éthique ou spirituel, à toutes les connaissances dont nous sommes bardés; ou encore qui, dans la plus franche simplicité, permettrait à nos contemporains de dire sur eux-mêmes des choses essentielles. Et plus je vais, plus se confirme cette impression que c'est dans cette direction que se fera la nouvelle littérature.“
La leçon d'Arcachon me servit. Les premiers bénéfices d'Euredif furent réinvestis dans la collection "Aphrodite classique" qui édita certes des romans érotiques mais de qualité.
Par ailleurs, la collection "Atmosphère" offrit à ses lecteurs des romans à suspense de Catherine Arley, Madeleine Coudray et quelques autres, mais dont le bilan fut hélas déficitaire. Ce ne fut certes pas de la grande littérature, mais un progrès.


1976 - Fin de l'idylle avec Elvire
Devenu obèse à force de gueuletonner, mon poids atteint 114 kg. Rien ne va plus dans notre couple. Séparation. Corinne part aux Etats-Unis.
Dernière soirée chez Catherine Arley. Anne et Pierre Cordier, Minouchka et Noël Michelat sont du dîner.
Soirée joyeuse, heureuse, sans trop de nostalgie. Dernière nuit d'amour, un peu surréaliste. Les corps vont bien. Corinne me fait un dernier cadeau. Un souvenir physique... impérissable. Les âmes, elles, se divisent, se séparent, s'éloignent l’une de l'autre.
Nous convenons que Corinne restera trois mois aux USA, que si elle souhaite rester là-bas, elle me téléphonera ou m'écrira simplement: je reste.
Dix jours après, déjà, elle me dit : je reste.
Très secoué. Assailli par des idées noires. De Beyrouth, où il oeuvre avec ses camarades de Médecins sans frontières, Antoine Beneroso m'invite à le rejoindre en lui apportant grâce à mon passeport suisse, le plus de médicaments possible et du petit matériel chirurgical d'urgence qui leur manquent cruellement.
Déprimé, je pars à Beyrouth, me retrouve dans une ville en guerre, sous les bombes. N'étant ni médecin, ni infirmier, ni même secouriste, je remplis des tâches de soutien, de présence, d'accompagnement, de parole... Mais les Libanais et Libanaises sont plus utiles que moi le gros Helvète trop bien nourri. Ici, c’est l'horreur...
Des êtres arrivent de partout, broyés, sanglants, défigurés, émasculés, ayant perdu un membre, un oeil, avec des plaies épouvantables, les entrailles à l'air. Une expérience par-delà l'imaginable... Jadis, à Berlin, auprès du pasteur Kleist, ce fut terrible. Ici, à Beyrouth, c'était l'enfer.
Je rentre à Paris requinqué. Rien ne vaut un traitement de choc pour remettre ses idées en place. Et puis, j'avais perdu cinq kilos.
Quelques jours plus tard, suite à la publication par mes soins du premier ouvrage sur cet avion, je participe à l'un des Vols d'inauguration du Concorde sur Rio.
Contraste saisissant. Après l'horreur, la misère, la déchéance, l'héroïsme, la folie, voici des heures de luxe, la découverte d'une merveille technique, l'avion de l'avenir. L'homme est un animal déroutant.
Je prends du recul. A Eurédif, je laisse le commandement à Plion, Trécourt, Cécille qui prétendent pouvoir gérer Euredif avec davantage de compétence que moi. Ce que j'admettais comme possible et même probable. Car je ne suis pas un éditeur de métier mais un vagabond bohême, incapable de gérer une affaire selon les principes et les normes enseignées dans les écoles de commerce.
Empirique, parfait autodidacte, je prends toujours le contre-pied des idées reçues et des convenances et m'en suis toujours porté fort bien!



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J'entreprends une cure de riz complet méthode Ohsawa fortement découragée par le médecin que je consulte. Une femme. Elle me dit que le riz complet c'est bon pour les Asiatiques, qui n'ont rien d'autres à manger. Pour nous, Européens, vaut mieux un régime de steaks, salade, haricots verts, yaourts!


Extrême en tout, je ne l'écoute évidemment pas, et j'entreprends le régime que suivait depuis des années Mlle Sauvagnac, la comptable de Roland Massot.
Cela me réussit fort bien.
Durant un an, je me rendais rue de la Baume une seule fois par mois, pour examiner les comptes qui se dégradaient rapidement. Je naviguai beaucoup, voyageai autour du monde grâce à des billets gratuits fournis par des échanges de publicité, allais à l'Opéra ou au théâtre trois fois la semaine lorsque j'étais à Paris, et, ma foi, me laissai dorloter par quelques ex-amies de Corinne.
Je passai ainsi une année délicieuse.




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